La cathédrale en feu
(Vers 1985 ?)
C’était une époque où je peignais des idées plutôt que des choses vues. Une peinture intellectuelle, en quelque sorte. L’idée était la crise de l’Eglise. Construite durant un siècle de foi et par un peuple entier, la cathédrale gothique brûle aujourd’hui au-dessus d’une ville. Les voitures vont et viennent comme si rien n’arrivait. La religion qui avait fait en partie l’Europe part en fumée, dans un embrasement que le monde ignore.
On a fait Vatican II, rénové la liturgie, édité cent bibles, composé dix mille nouveaux cantiques, agrandi Taizé et Tibériade, renouvelé le vocabulaire catéchistique, publié des bibliothèques de méthodologie religieuse, fait appel aux laïcs, réuni des millions de pèlerins à Compostelle, Chestokowa, Denver, Paris, Rome, Manille, et la puissante institution se liquéfie chez nous. Heureusement que restent les 20 milliards quotidiens.
Elle s’est trompée de méthode, pendant des siècles. Hier ce fut payant, aujourd’hui ça se paie. La cathédrale brûle. La ville regarde la télé. Les voitures roulent.
