Nu au feu ouvert
(Vers 2000)
Qu’il est beau le corps de la femme. Oui, qu’elle se mette nue, qu’elle se sente jolie, en pleine santé, la peau lisse, heureuse en face du feu de l’âtre, sans gêne, édénique, génésiaque, et malheur aux refoulés qui disent du mal du corps, qui nous coupent en deux, le corps ou l’esprit, ce monde ou l’au-delà. L’aversio a mundo n’est pas chrétienne. Le Cantique des cantiques sait le plaisir du cul, de la peau, la saveur de la chair au soleil, les délices de la jeunesse, le plaisir des caresses, la puissance de l’amour, à commencer par celui de soi-même.
Un vieil oncle flamand était d’avis que nous avions besoin d’un coin de jardin où l’on peut être à poil sans être vu de personne. Après tout, sous les plus beaux titres, sous les uniformes rutilants, dans les habits de grand prix ou de seconde main, quels que soient nos diplômes, nos titres, notre célébrité, notre richesse ou notre pauvreté, il y a toujours de la peau et des poils, un amour de soi-même, un plaisir d’exister, un cul en éveil, une peau qui apprécie le baiser du soleil, la brise chaude des étés.
